Martin Bouygues ne souhaite pas que l'accord Free-Orange soit renouvelé


Après Olivier Roussat le 2 juillet dernier dans les colonnes des Echos (voir notre article), c'est au tour de Martin Bouygues, PDG du groupe du même nom, de décrier les conditions réglementaires accordées à Free Mobile dans une lettre que le dirigeant a envoyée aux parlementaires.

Dénonçant les dangers que l'arrivée du nouvel entrant représente en termes d'emploi et d'investissements dans le secteur de télécoms, Martin Bouygues invite les parlementaires à "rétablir l'égalité concurrentielle dans un secteur pris dans une spirale autodestructrice".

Il estime en effet que "la principale explication du déséquilibre actuel du marché mobile réside dans le fait que le quatrième entrant est le premier et le seul opérateur en France à bénéficier, grâce au contrat d'itinérance 3G qui le lie à Orange, de la possibilité de n'investir dans son réseau mobile que là où il est sûr que c'est rentable" avant d'ajouter que "Free Mobile n'a donc pas les mêmes contraintes d'investissement que ses trois concurrents. Il a pu n'investir dans son réseau mobile que 142 millions d'euros en 2011 alors qu'il aurait dû être en phase d'investissement intense. Pendant cette même période, un opérateur comme Bouygues Telecom a consacré près de 600 millions à son propre réseau pour simplement le compléter et le moderniser".


Martin Bouygues formule donc deux exigences : d'une part "que les pouvoirs publics expriment sans tarder, de la façon la plus claire et ferme, que cet accord d'itinérance 3G n'a pas vocation à être renouvelé et que parvenu à son terme", c'est à dire en 2018, et d'autre part que Free Mobile "ne bénéficie pas d'un nouveau contrat d'itinérance pour la 4G en dehors du moins des zones où la réglementation le permet [...] Une telle itinérance aurait pour conséquence de distordre encore plus la concurrence et d'aggraver très fortement le déséquilibre actuel [...] C'est la seule façon d'inciter le quatrième opérateur à lancer réellement ses investissements dans son réseau mobile, investissements qui engendreront de l'emploi et qui rétabliront l'égalité concurrentielle".

L'Expansion avait d'ailleurs confirmé en mars dernier que "les montants mis en avant par Free sont nettement inférieurs à ceux que Bouygues a consacré à la mise en place de son réseau mobile quand il est arrivé sur le marché plusieurs années après Orange. Selon un rapport du Senat de juin 2007, le troisième opérateur avait déjà dépensé un cumul de 800 millions d'euros en 1997 (hors achat de licence) au bout de trois ans, soit le double de Free Mobile. Sur ses neuf premières années d'existence, il totalise un investissement de 5,6 milliards d'euros. On est donc effectivement bien au delà du milliard d'euros envisagé par Free Mobile".

Toujours d'après L'Expansion, "Bouygues s'est lancé sans accord d'itinérance, et sans backbone, autrement dit sans coeur de réseau à haut débit auquel raccorder les antennes radio. Ne disposant pas d'un réseau fixe pour transporter les communications, Bouygues ne pouvait compter au départ que sur son propre réseau cellulaire, qu'il a dû déployer plus vite. Il s'est doté d'un backbone IP en 2000-2001. Free, lui, s'est lancé dans le mobile en ayant déjà une infrastructure ADSL et fibre".


Martin Bouygues confirme enfin que le plan de 556 départs volontaires chez Bouygues Telecom (voir notre article), n'a été décidé que pour "sauvegarder la compétitivité" de l'opérateur face à Free et que "c'est la première fois qu'une disposition de cette nature et de cette ampleur est envisagée". Rappelons qu'au premier trimestre 2012 Bouygues Telecom a perdu un total de 379.000 clients (forfaits et cartes prépayées) suite à l'arrivée de Free Mobile. Un plan d'économie de 300 millions d'euros a même été décidé pour la même raison (voir ici).

Sources : L'Expansion, Les Echos et Le Monde.

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