Bouygues Telecom reste structuré pour résister déclare son PDG Olivier Roussat


Olivier Roussat, le PDG de Bouygues Telecom, a été interviewé par le magazine Challenges où il s'exprime notamment sur la fusion manquée avec Orange.

Pour lui, l'un des acteurs des négociations, Free pour ne pas le nommer, s'est mis à rajouter des conditions suspensives inacceptables : "Si c'était pour ne pas aller au bout, pour en sortir complètement détruit, ce n'était pas la peine d'y entrer".


Une fois la page tournée, la première priorité a été de remotiver les 7.500 salariés. Pour cela, les 550 managers de l'opérateur ont été rassemblés au siège de Bouygues ("Challenger") dans les Yvelines pour une séance de "team building" avec Martin Bouygues. Olivier Roussat explique en effet : "Beaucoup de nos collaborateurs ont créé Bouygues Telecom ; pour eux, il ne s'agissait pas juste d'une vente, ils se sentaient dépossédés" assurant que les équipes commerciales sont restées sous tension durant les négociations. Lors de cette période, Bouygues Telecom a même étoffé son portefeuille de clients entreprises avec par exemple BPCE, Dalkia ou Vinci ravis à son concurrent SFR.


Les équipes sont restées unies derrière Olivier Roussat malgré les trois tentatives de fusions lancées en deux ans, aussi celui-ci se veut rassurant : "Nos fondamentaux sont bons, et le travail de restructuration a été fait en 2014".

Challenges rappelle que les finances de Bouygues Telecom se sont effectivement améliorées depuis fin 2015 avec un parc d'abonnés à la hausse et un objectif d'EBITDA (revenus avant intérêts, impôts/taxes, dotations aux amortissements et provisions, se calculant sur le chiffre d'affaires réseau) de 25 %, même si celui-ci est inférieur à ses concurrents situés entre 30 et 35 %.


De nouveaux forfaits mobiles avec plus de data

Pour autant, il n'est pas question pour Olivier Roussat de relancer une guerre des prix après la fusion ratée avec Orange : "Le marché devrait rester agité quelque temps, mais nous ne laisserons pas déposséder de nos bases d'abonnés. Nous sommes structurés pour résister". L'occasion d'apprendre qu'une nouvelle gamme de forfaits mobiles entièrement revue sera dévoilée fin mai avec plus de data pour inciter les clients à consommer davantage de services et donc augmenter la rentabilité.


Même si les analystes doutent des capacités de Bouygues Telecom à investir dans le très haut débit fixe, alors que l'opérateur est à la traine dans ce domaine, des accords de co-investissements avec SFR et Orange lui ont déjà permis d'accéder à 1,5 million de prises en zone très dense. Un accord lui donne également la possibilité d'acheter 3,5 millions de prises à Orange "à prix raisonnable" par tranche de 5 % au fur et à mesure de commercialisation. Olivier Roussat explique : "Ce système nous permet, comme à Free, de progresser à coût variable et de ne pas tout déployer d'un coup" mais si l'un de ses concurrents rétorque "La fibre, c'est de l'investissement et ils s'intéressent au problème huit ans après tout le monde". Alexandre Iatrides, analyste chez Oddo, indique pour sa part : "Dans les zones moins denses, leur part de marché se situe autour de 10 % et ce poids relatif est destiné à rester très bas".


Certains s'interrogent donc sur la capacité de Bouygues Telecom de survivre seul sans une présence solide sur le très haut débit, pourtant l'opérateur n'a sûrement pas dit son dernier mot. Il peut toujours compter sur un large portefeuille d'abonnés, un réseau étendu de boutiques et une bonne couverture de réseau en 4G.

Vous pouvez retrouver l'intégralité de cet entretien en pages 54 et 55 du numéro 477 de Challenges actuellement en kiosque au prix de 3,80 €.

Source : Challenges.
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