Olivier Roussat (Bouygues Telecom) : ''L'offre à 2 euros est scandaleuse''


Le Journal du Dimanche (JDD) vient d'interviewer Olivier Roussat, Directeur général de Bouygues Telecom, suite au lancement des offres de Free Mobile. Même si la réponse de l'opérateur ne s'est pas faite attendre bien longtemps avec l'annonce de nouveaux forfaits B&YOU disponibles à partir du 16 janvier notamment avec une offre à 19,99 €/mois identique en tous points à celle de Free, Bouygues Telecom n'a pas suivi son concurrent sur le forfait dit "social" à 2 €.


Nous vous proposons ci-dessous la retranscription de cet entretien :

JDD : L'offre "tout illimité" de Free ne va-t-elle pas tuer le marché ?
- Olivier Roussat : Nous venons d'aligner notre offre illimitée B&YOU sur celle de Free (19,99 euros) et notre petit forfait (9,99 euros) sur ceux de Sosh (Orange) et Red (SFR). Free a fait un beau coup marketing, mais elle donne aux clients la perception de recevoir quelque chose qu'ils n'utiliseront jamais. Free ne prend pas non plus de risque en vendant les appels illimités quand la moyenne est de deux heures trente par mois et en proposant 3.000 mégaoctets de "surf" sur Internet quand la moyenne est à 400. Notre offre à 9,99 euros est adaptée à beaucoup de gens et coûte deux fois moins cher.

JDD : En revanche, leur offre à 2 euros est imbattable…
- Olivier Roussat : Le "tarif social" de Free est scandaleux. Il comporte des surcoûts importants car ni les appels, ni les SMS, ni Internet ne sont bloqués. Sans naviguer, la mise à jour automatique des applications sur smartphones consomme 60 mégaoctets par mois, soit 6 euros de hors forfait. Pour s'inscrire, il faut avoir Internet et un compte en banque, pas le profil de personnes en difficulté ou de la "mamie du Cantal". Cette offre est faite pour accrocher les clients et les amener au forfait à 19,99 euros. La carte SIM gratuite pour leurs abonnés s'active au bout de dix jours même si vous ne l'utilisez pas. Cela permettra à Free de gagner des clients en masse sans qu'ils consomment. C'est ça sa stratégie.

JDD : Pourquoi n'avez-vous donc pas baissé vos tarifs plus tôt ?
- Olivier Roussat : Free débarque à un moment où le coût des appels a été divisé par dix en trois ans. Ses dirigeants n'ont rien révolutionné. Une offre agressive qui utilise le réseau d'un autre, c'est un opérateur virtuel (MVNO) ! Ils devront garantir une qualité des appels malgré un va-et-vient entre son réseau et celui d'Orange. Nous avons 15.000 antennes en France, dont 565 à Paris, contre 1.600, dont 25 dans la capitale, pour Free. Ils ont fait de l'affichage de prix, nous verrons la différence dans le futur.

JDD : Que vont changer les fréquences 4G ?
- Olivier Roussat : L'Internet mobile est central mais il coûte cher et nécessite d'investir. Nous avons acheté une fréquence 4G dite "en or" que Free n'a pas eue. Elle permettra d'envoyer du très haut débit dans les immeubles, à travers les murs. On ne pourra pas s'en passer dans les villes, là où sont les "geeks" qui sont ses clients de base.

JDD : Free estime être, avec Orange, le seul opérateur légitime...
- Olivier Roussat : Free ne va pas taper sur Orange, qui lui loue son réseau. C'est curieux de voir Xavier Niel critiquer depuis des années "l'oligopole" et chercher maintenant à constituer un duopole. Free n'a pas le droit de dire tout et n'importe quoi, comme nous traiter de voleurs ou nos clients de pigeons.

JDD : Comment regagnerez-vous vos clients partis chez Free ?
- Olivier Roussat : Les clients alterneront entre les offres classiques et low cost. À la fin de leur engagement, ils garderont leur portable et changeront de forfait. Lorsqu'ils voudront un nouveau portable, ils reviendront vers des formules avec engagement qui permettent de le financer facilement.

Pour retrouver l'article du Journal du Dimanche à ce sujet, cliquez ici. Et vous, qu'en pensez-vous ?

Source : Le Journal du Dimanche.

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