Martin Bouygues s'exprime sur l'échec de la fusion avec Orange


Dans une interview accordée au Figaro, Martin Bouygues est revenu sur les raisons de l'échec des négociations en vue d'un mariage avec Orange malgré le fait qu'il juge que "la consolidation du marché français avait du sens".

Il indique tout d'abord que les conditions d'une opération n'étaient tout simplement pas réunies et fait allusion à la complexité des discussions : "Négocier à deux est déjà très difficile, négocier à quatre est beaucoup, beaucoup plus difficile. Nous avons tenté d'y parvenir. Je dois au passage reconnaître le travail très important de Stéphane Richard (PDG d'Orange) et de ses équipes. Mais si nous étions quatre à la table des négociations, nous n'étions que trois à vouloir aboutir. Manifestement, l'un des protagonistes nourrissait l'ambition d'avoir le maximum en payant le minimum, tout en gardant la possibilité de se retirer". Sans le citer, il fait évidemment allusion à Xavier Niel de Free, même s'il refuse de confirmer qu'il s'agit bien de lui.


L'Etat a bien cherché à limiter les ambitions de la participation de Bouygues dans le capital d'Orange, même s'il juge que ce problème aurait pu trouver solution par la suite : "Je souhaitais que Bouygues soit un actionnaire, certes minoritaire, mais significatif d'Orange, et puisse participer pleinement aux décisions stratégiques de cette entreprise. Nous lui aurions été utiles, et fidèles. L'Agence des participations de l'Etat (APE) nous a exposé ses exigences... que j'ai trouvées très étranges. La vision de l'APE nous réduisait à un rôle d'actionnaire minoritaire, avec très peu de droits, tout en nous demandant de payer le prix d'une participation majoritaire. Cela dit, ce n'est pas cela qui a bloqué in fine l'opération. Si nous étions parvenus à un accord entre les quatre opérateurs, ce sujet-là aurait fini, je l'imagine, par trouver sa solution". De ce fait, la discussion avec les pouvoirs publics n'ont pas été menées jusqu'au bout.

Si un accord avait finalement pu intervenir, Martin Bouygues précise qu'il aurait ouvert "une période de 12 à 18 mois d'instruction par l'Autorité de la concurrence et l'ARCEP. Et il est évident que si leurs exigences avaient été refusées par l'un des trois acheteurs, rendant nos accords caducs, l'entreprise Bouygues Telecom aurait été dans un état catastrophique. Nous n'avons pas réussi, malgré tous les remèdes imaginés, à finaliser un accord global qui nous garantisse contre ce risque. Je pense que c'était possible, si tout le monde l'avait voulu".


Une page est donc tournée, le marché des télécoms va donc continuer à évoluer avec quatre opérateurs. Martin Bouygues précise à ce sujet qu'il n'est pas inquiet pour Bouygues Telecom qu'il juge "parfaitement viable dans un marché à quatre". Il juge que son entreprise "est la première à avoir fait des efforts de rationalisation, considérables. Sa structure de coûts est une des plus basses du marché, et elle a l'un des meilleurs réseaux mobiles. Le premier trimestre témoignera de notre croissance à la fois dans le fixe et dans le mobile. Nous avons, avec les cash-flows et la puissance du groupe Bouygues, les moyens nécessaires pour investir et continuer de développer Bouygues Telecom [...] J'ai toujours expliqué que cette opération n'était pas vitale pour Bouygues Telecom. Certains ont cru que je bluffais et que je négociais dos au mur. C'était stupide et même puéril de le penser. La stratégie stand-alone me convient très bien" et qu'il est "très attaché à Bouygues Telecom et à tous ses salariés".

Il sait que les collaborateurs de Bouygues Telecom étaient très inquiets et sont donc soulagés aujourd'hui. Il remercie au passage les clients qui lui ont gardé leur confiance : "Je considère que c'est un encouragement à poursuivre".

Pour le futur, Martin Bouygues pense que la guerre des prix ne va pas forcément repartir, bien au contraire, pour lui la logique voudrait qu'à un moment les prix finissent par remonter pour que le marché puisse fonctionner durablement.

Retrouvez l'intégralité de cette entretien dans le numéro 22.285 du Figaro qui parait demain matin en kiosques (2,20 €).

Source : Le Figaro.

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