Olivier Roussat de Bouygues Telecom répond à Challenges sur la 4G


La 4G LTE est l'enjeu de cette année 2013 pour les opérateurs historiques afin de se démarquer des offres de Free Mobile. Afin d'accélérer son déploiement à moindre coût, et comme cela se pratique déjà dans 20 pays d'Europe, Bouygues Telecom souhaite pouvoir convertir ses fréquences 1.800 MHz pour la 4G. Ses concurrents s'opposent farouchement à cette solution (voir notre dernier article à ce sujet en cliquant ici).


Sur ce sujet, Challenges.fr a demandé à à Olivier Roussat (Directeur Général de Bouygues Telecom) et à Pierre Louette (Secrétaire Général d'Orange) de répondre à 5 questions concernant le dossier brûlant du déploiement de la 4G et publie leurs réponses dans un article intitulé "Déploiement de la 4G : le duel Orange-Bouygues Telecom". Nous vous proposons ci-après la retranscription de cet entretien avec Olivier Rousssat :


Challenges : Qu'est-ce que le "refarming 1.800" ?

Olivier Roussat : La bande de fréquences 1.800 MHz est une des deux bandes de fréquences qui a permis d'introduire, au début des années 90, la téléphonie mobile de deuxième génération. Cette bande est aujourd'hui encore exclusivement réservée à la technologie 2G (voix). Par "refarming", on entend d'une part, la levée des restrictions technologiques pesant sur une bande de fréquences donnée et d'autre part sa redistribution entre les opérateurs. Dans ce cas précis, cela revient donc à autoriser les opérateurs à utiliser aussi le 1.800 pour d'autres technologies que la 2G (la 4G par exemple). Par ailleurs, il s'agit  de permettre à un opérateur qui, comme Free Mobile,  ne dispose pas de fréquences 1.800 d'en récupérer. Ce processus a été annoncé par le régulateur dès 2010. Il est, en outre, fortement encouragé par la Commission Européenne. Aujourd'hui, plus de 30 opérateurs dans 20 pays européens ont d'ores et déjà déployé la 4G sur la fréquence 1.800.

Challenges : Quel est l'enjeu économique du "refarming 1.800" ?

Olivier Roussat : Alors que la France connaît une crise économique sans précédent, le très haut débit mobile contribuera à la croissance et à la compétitivité de nos entreprises. En effet, grâce aux nouveaux usages permis par la 4G, un nouvel écosystème pourra se développer, qui contribuera à générer de l'activité et des emplois. L'enjeu économique est particulièrement vrai pour le secteur des télécoms, qui depuis l'année dernière a connu une très forte destruction de valeur. Le déploiement rapide du très haut débit mobile, notamment sur la bande 1.800 pour les opérateurs qui le décident, les poussera à investir dans les infrastructures et à innover en lançant de nouvelles offres.

Challenges : Quel en est l'enjeu industriel ?

Olivier Roussat : Bouygues Telecom a choisi dès 2009 d'exploiter la bande de fréquence des 1.800 MHz. Ce choix industriel s'inscrit d'ailleurs dans un cadre largement préparé et annoncé par l'ARCEP. Dès mars 2010, Bouygues Telecom a été autorisé à mener des expérimentations LTE dans cette bande de fréquences. Cette stratégie était justifiée par notre souhait de déployer rapidement un réseau 4G. Par ailleurs, nous avons acquis des fréquences 4G (800 MHz et 2,6 GHz) pour près d'un milliard d'euros afin de compléter notre couverture du territoire. Nos concurrents ont fait des choix différents, du moins en France. Orange a déployé le LTE 1.800 dans la plupart des pays européens où il est présent (Royaume-Uni, Belgique, Portugal...) Il en connaît donc bien l'intérêt. En France, il a toutefois privilégié un déploiement très rapide sur ses fréquences 2,6 GHz et a choisi d'affecter ses fréquences 1.800 à l'accueil de Free Mobile. Nous prenons acte de cette stratégie, mais nous n'avons pas à en subir les conséquences.

Challenges : Quel en est l'enjeu pour le consommateur ?

Olivier Roussat : La demande de très haut débit mobile est réelle dans notre pays avec l'explosion de la consommation de données en mobilité, qui s'annonce. Avec des débits comparables à ceux de la fibre optique et une latence très faible, la 4G débride les usages audiovisuels et permet une expérience web en mobilité aussi confortable qu'à la maison. Elle entraînera également le développement de nouveaux usages. Avec des débits "montants" (Upload) très importants, nos clients pourront transférer très rapidement leurs contenus personnels pour les sauvegarder dans le Cloud ou les partager via les réseaux sociaux. Par ailleurs, la 4G rendra possible les jeux mobiles multi-joueurs et permettra le développement, dans d'excellentes conditions de confort, de la visioconférence.

Challenges : Quel en est l'enjeu social ?

Olivier Roussat : Le développement rapide de la 4G passe par le déploiement d'infrastructures nouvelles.  Or, 60 % des dépenses réalisées par un opérateur pour  installer de nouveaux sites sont des dépenses de génie civil et de préparation matérielle des sites. Ces sommes considérables sont génératrices d'activité pour les entreprises françaises (sous-traitance, maintenance...) et donc d'emplois par nature non délocalisables. D'autre part, la commercialisation des offres 4G sera, essentiellement, au moins dans un premier temps, réalisée dans nos 650 boutiques grâce à nos 2.000 conseillers de vente.


Retrouvez l'entretien complet, y compris les réponses de Pierre Louette (Orange) dans l'article de Challenges.fr à découvrir en cliquant ici.

Source : Challenges.

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